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Noël, une histoire d'amour ...

Je me souviendrai toujours d’un livre que tous les élèves de cinquième année du cours classique (Belles-lettres) étaient appelés à lire. Le titre du livre : le Grand Meaulnes, de l’auteur, Alain Fournier (1913). C’était une magnifique histoire d’un premier amour quand, pour la première fois, on ressent cette étincelle au fond de son être, quand pour la première fois une petite flamme, celle de l’amour qui s’allume. Les jésuites savaient nous laisser rêver quelques jours à la suite de cette lecture, les yeux dans «la graisse de beans».

Et à soixante ans de distance, j’eu la chance de visionner le film de M. Desgagnés, Roméo et Juliette. J’ai ressenti, comme à la lecture du livre de M. Fournier, exactement la même sensation, celle de ce premier amour. Même si le mythe de Roméo et Juliette nous raconte l’impossibilité que cet amour naissant vive, ce qui m’a vraiment plu c’est cet éveil de l’amour, car jadis je l’ai expérimenté et chanceux que je suis-je l’expérimente toujours à soixante-seize ans.

En fait, ces deux événements, à des années de distance, m’ont réaffirmé que la chose la plus importante dans la vie, c’est aimer sans arrière pensée, aimer sans penser à demain, expérimenter cet amour comme le Grand Meaulnes le faisait, comme Roméo et Juliette l’ont fait à travers les siècles. Pourtant, nous vivons dans un siècle où l’on banalise l’amour humain, allant jusqu’à affirmer qu’il n’existe pas, ou si par hasard il existait, il ne peut durer : l’amour humain serait éphémère, passager. Faire l’amour, c’est devenu «baiser», comme si c’était la même chose! Avons-nous perdu le feu sacré?

Ce soir là, en visionnant le film, assis auprès de Céline, ma femme depuis plus de cinquante-trois ans, je sentais exactement le même élan, la même étincelle d’amour que ce soir de 1950, en mars, quand j’ai dit à ma future femme que je l’aimais pour la vie. Comme il est futile de prétendre que l’amour à long terme n’existe pas. Il existe : je le vis tous les jours depuis plus de cinquante-six ans.

L’histoire de Noël est avant tout une histoire d’amour, cet amour que l’on trouve dans une famille avec un père, Joseph, une mère, Marie, et un bébé, Jésus. Et c’est cette histoire d’amour qui est à la base de notre religion catholique. Comment avons-nous pu travestir ce symbole de l’amour pour ramener le tout trop souvent à une question de sexe?

Aimer, c’est laisser à l’autre toute la place, et cela dès les premiers frissons. Je l’ai vu dans le film de Roméo et Juliette. Aimer, c’est s’oublier complètement. Aimer, c’est sentir au point de départ, que la vie est toute là résumée dans un enlacement, une étreinte. Aimer, c’est vouloir se fondre avec l’autre pour ne former qu’un qui lui saura se multiplier à plusieurs exemplaires : ce sera la naissance d’une famille. On est alors aux antipodes du tout pour soi, aux antipodes de cet égocentrisme qui ne saurait penser qu’à son propre bien-être. Il est important de se rappeler que le verbe aimer ne souffre pas d’impératif. On ne peut exiger de l’autre l’amour : on ne peut que le donner!

Aimer exige une générosité que notre 21e siècle pourrait oublier si on ne prend pas soin d’entretenir ce don vers l’autre. On semble quelque fois oublier que toute vie commence par l’amour de l’autre. Une société ne pourra exister si au départ il n’y a pas ce frisson, il n’y a pas cet émerveillement d’un amour tout neuf. Et où peut-on apprendre tout cela si ce n’est dans une société qui respecte le verbe aimer, dans une famille qui respecte l’amour.

Ce sont les fêtes qui viennent! Je vous souhaite donc un joyeux Noël, fête de l’amour, mais surtout une bonne année 2007 avec beaucoup d’amour, amour qui saura vous permettre de surmonter les difficultés qui ne manqueront pas.

À l’année prochaine!!!


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