Accueil / Chroniques / S'attacher, un besoin ...

S'attacher, un besoin ...

En écoutant le DVD de Boris Cyrulnik et Stéphan Bureau, un mot m’a surpris et forcé à méditer : le mot attachement! Il y dit que l’être humain ne peut vivre sans une forme d’attachement à des êtres, à des choses, à des valeurs. Il ne s’agit pas de dépendance! Au contraire, cet attachement réfléchi et voulu, pousse à vouloir consciemment se décider soi-même, à pouvoir poser des gestes très personnels et souvent très difficiles, à savoir par exemple, quitter des êtres chers pour vivre une aventure qui nous emmène plus loin, ou encore de décider comment on doit vivre sa vie et prendre le risque de changer. Mais pour cela, il faut, un jour s’être attaché; il faut, un jour, venir de quelque part pour aller plus loin. S’attacher, c’est l’inverse de l’indifférence, ce qui malheureusement trop souvent caractérise notre société.

Mais ce qui est important avant tout c’est qu’on a établi ce lien très fort avec l’autre, ce lien avec l’autre qui te renvoie qui tu es vraiment, permettant ainsi de faire contre poids à ton égocentrisme pour ne pas dire égoïsme. Ma mère, quand j’étais tout petit enfant, me répétait souvent, quand je pensais trop à ma petite personne et que j’oubliais l’autre : « Me, myself and I !» Elle m’apprenait à apprécier l’autre et à ne pas craindre de m’y attacher.

J’ai eu la chance inouïe jeune, de m’attacher à l’autre pour toute une vie : à vingt ans, j’ai créé un lien avec celle qui depuis plus de cinquante-cinq ans partage sa vie avec la mienne. Nous sommes devenus des complices dans cette vie de couple qui nous a menés par monts et par vaux jusqu'à ce jour avec cinq enfants et vingt-deux petits enfants. Cette complicité, c’est cet attachement qui fait que toujours derrière mes pensées, mes gestes elle est là à me souffler les mots, les comportements, les façons d’être et de faire. Je n’ai pas cependant perdu mon indépendance. Mais c’est cet attachement profond qui est à la base de cette sérénité qui malgré les drames qui secouent toute vie nous a permis des instants de grands bonheurs.

Il y a aussi l’attachement à des périodes de l’année, périodes qui nous forcent à repenser des valeurs, des croyances qui sont notre raison d’être. Je pense à celle qui vient, la saison de Pâques. Je suis attaché à mes souvenirs d’enfant : les congés d’école en plein printemps; les chocolats dont je me régale encore beaucoup plus vieux; les festins à la maison avec ma petite famille autour de la table, mes parents, grands parents, mes oncles, mes tantes. Tout cela, c’est de l’attachement à des souvenirs qui forment les racines qui m’ont façonné à travers les ans.

Mais, plus important, il y a l’attachement à la spiritualité de cette fête de Pâques qui fait partie de moi. Je revois toute la semaine sainte, les cérémonies à l’église qui m’ont toutes marqué, le lavement des pieds par l’officient avec le sentiment de gêne qui m’envahissait, l’église tout de noir décorée, car elle était en deuil : la mort passait. Même les cloches se taisaient : elles étaient parties pour Rome, disait-on! Puis la vie renaissait, le dimanche de Pâques et la chorale chantait fort l’alléluia.

Il y a cependant un attachement plus profond que celui que j’ai pour ces souvenirs de cérémonies : c’est l’attachement à l’esprit de cette fête qui ne m’a jamais quitté jusqu’à ce jour : Pâques, c’est la vie, c’est la victoire sur la mort. C’est là l’attachement principal qui est à la base de ma foi. La vie, Pâques me le redit chaque année, est plus forte que la mort, qu’il y a une vie après la mort. Pâques, c’est mon attachement quasi viscéral à l’espérance, malgré tout ce qui semble parfois foutre le camp autour. C’est cet espoir auquel je suis tellement attaché, qui me fait croire dur comme fer que demain sera meilleur qu’hier parce que différent.

J’ai rencontré des gens qui me disent qu’ils ne voudraient pas avoir de nouveau vingt ans en ces temps troublés de ce début de l’an 2008. Pourquoi? Parce que c’est décourageant les changements climatiques, le réchauffement de la planète qui bouleverse notre environnement; parce que c’est décourageant ces «arrangements raisonnables» qui menacent notre identité. Et moi, l’éternel optimiste, mon attachement à l’espérance de Pâques me pousse à relativer ces catastrophes. Pour chaque guerre, il y a quelque part des petites paix qui grandiront. Il y a d’autres cultures qui loin de nuire à la mienne, ma culture, au contraire, me permettent de découvrir de nouvelles facettes de la mienne.

Non! Sans espoir, sans attachement à cette spiritualité de l’espérance qui me parvient, à travers les siècles, grâce à cette fête de Pâques, il n’y aurait plus de vie! Je ne suis pas seulement un maillon de cette chaîne humaine qui remonte loin dans la pré histoire, un maillon d’une chaîne qui s’en va nulle part. Non!!!Il Il y a espoir! Et cet attachement à cette vie m’impose cette notion que la vie ne se termine pas avec un dernier souffle : la vie ne peut disparaître!

Boris Cyrulnik a raison : vivre c’est s’attacher, à des choses, à des êtres, à des valeurs, mais c’est surtout s’attacher à l’espoir!


Haut de page