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Difficile autorité ...

C’était en 1960! Un vent nouveau soufflait sur le Québec! Tout changeait et surtout l’autorité : celle du gouvernement qui devenait de plus en plus ouverte à la consultation, à l’écoute; l’Église catholique qui était omniprésente jusqu’alors tendait à perdre sa trop grande influence. Les jeunes du Québec, enthousiasmés par la « Révolution tranquille » de l’Équipe du tonnerre, brisaient leurs chaînes qui les avaient enfermés dans le carcan de règles ridicules et castrantes. C’était la grande libération de cette autorité encombrante. Ils étaient tous enfin libres!

Pourtant, on semblait avoir oublié que cette autorité tant décriée était nécessaire à la survie d’une nation. On ne pouvait pas s’en passer! Il fallait une autorité qui dise quelle était la vision, le rêve à réaliser. Elle donnait un sens de direction. Mais une fois l’euphorie de la libération passée, elle reprit sa place tout en haut de la pyramide.

Pourquoi dans nos propres vies, avons-nous tant de difficultés avec cette autorité? Ce sont des humains en autorité qui ont de grandes qualités et de grands défauts. Comme nous sommes rapides à découvrir les failles de ces humains qui nous gouvernent! Et cela vaut pour ceux à la tête de nos organisations, à la tête de nos écoles, à la tête de nos départements. On détecte rapidement surtout à l’adolescence, les défauts de ses parents. D’ailleurs, n’est-ce pas là le propre de cette période de l’évolution des humains. L’adolescence, période de la vie où tu découvres les défauts de tes parents, et même plus encore, que certains de ces défauts sont majeurs. Ce n’est, cependant, pas là une raison pour jeter par-dessus bord l’autorité. Comment faire alors pour ne pas en vouloir, ne pas se révolter contre ceux qui l’ont ardemment souhaitée, cette autorité, ou contre ceux qui ont été projetés dans une situation d’autorité à cause de leur travail; et je pense particulièrement ici à ces éducateurs qui œuvrent dans nos écoles avec ces jeunes adolescents en révolte contre l’autorité. Ils n’ont pas demandé à être en autorité : c’est le poste qui l’exige. Comment la gérer avec sérénité sans être eux-mêmes emportés dans ces luttes stériles entre élèves et professeurs, luttes où l’agressivité de l’adolescent en quête de son identité se dresse contre les attitudes autoritaires qui lui semblent inappropriées. Devant ces sautes d’humeur, comment l’éducateur, avec ses qualités et ses défauts propres, avec toute son humanité, comment doit-il garder son calme, et surtout le sang froid nécessaire lui permettant de juger avec objectivité une situation conflictuelle?

Je dirais que le mot à valoriser est celui de respect de part et d’autre. Difficile, surtout quand ce mot est tellement galvaudé dans notre société moderne, quand, même en famille, entre parents et grands enfants et entre grands enfants entre eux, ce mot n’est prononcé que pour l’exiger de l’autre, oubliant d’abord de le mettre en pratique soi-même.

Et le respect, c’est quoi, si ce n’est prendre en considération l’autre et toutes les circonstances qui ont provoqué le conflit d’autorité. Prendre en considération, c’est examiner avec attention toutes les facettes du problème pour en avoir une vue d’ensemble, non pas un point de vue biaisé en fonction de ses préjugés, en fonction de ses « bibittes » propres. Et que dire de ceux en autorité! Quelle grande responsabilité ils doivent assumer en considérant encore plus l’ensemble et voir tous les différents aspects de la question avec objectivité.

Pas toujours possible, certes! Il s’agit d’y tendre et quand on se trompe, quand à cause de cette autorité dont on est investi, on oublie de considérer l’ensemble, on doit essayer de corriger le tir. Comment? En respectant plus dans l’avenir, en considérant l’ensemble des faits objectivement et non selon notre position dans l’échelle hiérarchique. En d’autres mots, être en autorité est nécessaire à la bonne marche de notre société, mais après avoir été l’humain qui respecte ceux qui sont au bas de l’échelle! Toujours, il y aura nécessité d'autorité qu’on le veuille ou non. Difficile autorité, mais nécessaire autorité!!!


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