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Arrêtons d'avoir peur

J’entendais le ministre Bachand, l’autre soir aux nouvelles, qui disait que tout nouveau projet doit être étudié à fond et avec rigueur, puis une fois la décision prise de passer à l’action, malgré des ombres d’incertitude, ceux qui étaient contre cette décision doivent se rallier à la majorité. Ils doivent cesser d’être contre pour l’avenir et surtout ne pas s’efforcer de faire dérailler le projet pour prouver leur point de vue. Ils doivent cesser d’être contre pour l’éternité!

Ceci rejoignait mon raz le bol de ces gens toujours premiers à critiquer tout ce qui est présenté. Ils ont tous des arguments de peur, de catastrophe qui les aident à faire valoir leurs opinions. Le Québec s’en va droit vers un mur en 2031, soit dans 21 ans, comme si rien ne pouvait arriver d’ici ce temps là pour infirmer leur à priori. Les dépenses vont croître plus rapidement que les revenus; les gens vieillissent et vont tous cesser de travailler; on n’inventera rien pour les prochains 20 ans, etc. On vit en binaire : tu es pour moi ou contre moi. Tous nos choix sont tous entre seulement deux options. Ainsi, à l’émission de Tout le Monde en Parle, un comédien parlant de la catastrophe du gaz de schiste disait qu’il préférait être en santé que de profiter de cette richesse naturelle qui dort sous nos pieds, comme si ces deux concepts étaient nécessairement exclusifs l’un de l’autre. On peut, au Québec et développer les gazs de schiste et être en très bonne santé.

Je suis totalement d’accord qu’il faille très sérieusement étudier les méthodes d’exploitation de gaz. « On doit s’opposer à l’exploitation sauvage, on doit réduire les émissions de gaz à effet de serre, on doit bannir les pratiques qui réduiraient la qualité de vie dans les régions habitées.» ( Alain Dubuc, La Presse, 22 novembre, 2010) Je suis d’accord que l’on cesse de brader les richesses du Québec : ceci appartient à mes enfants et à mes petits enfants et suivant. Mais, on ne pourra jamais, dans une industrie qui en est à ses premiers balbutiements au Québec, une industrie pour laquelle, il y a à peine 20 ans, on ne voyait aucun avenir, on ne pourra jamais garantir à 100% pour 100% qu’on ne fera pas d’erreur, qu’on devra reprendre des expériences qui se sont avérées catastrophiques.

Phil Knight, fondateur de la célèbre compagnie Nike, disait que le problème, en Amérique, ce n’est pas que l’on fait trop d’erreurs, mais que l’on n’en fait pas assez. C’est qu’on n’essaie pas assez C’est qu’on a tellement peur d’essayer, tellement peur d’avoir une marge d’erreur, qu’on est toujours à faire des études de plus en plus poussées, c’est qu’on prône des moratoires de plus en plus longs : rien n’aboutit. On voit le BAPE partout dans notre société et avec raison; mais une fois l’étude, que l’on s’efforce de ne pas étirer inutilement, terminée, on passe à l’action. Nos jeunes rêvent de grands projets et nous on prêche pour de longues études.

Pourrait-on, aujourd’hui, refaire les îles de l’Expo 67 sans soulever un tollé général de tout un groupe de gens qui seraient définitivement contre. Pensez à l’environnement, à la faune aquatique du fleuve, pensez aux berges du fleuve, pensez à ces milliers de visiteurs pris sur une île à l’heure de pointe de la circulation. Il faudrait faire une étude, et repousser l’Expo 67 de 20 ans pour être sûr que rien ne sera bousculé!

Il y a une audace qui existait jadis qui permettait de sortir des sentiers battus. C’est ainsi que l’on construisit le Titanic qui coula à son premier voyage en mer entraînant plus de 3000 personnes dans la mort. On n’a pas pour autant fait un moratoire sur la construction de navires. Même chose quand le malheur frappe et qu’un avion s’abîme, on ne cesse pas durant des années à ne plus construire des avions. En 1960, à la Révolution Tranquille, on ne parlait pas de moratoire : on parlait de refaire le monde sachant qu’il y aurait des erreurs!

D’accord, il faut prendre soin de cette magnifique planète bleue. Mais il faut aussi faire en sorte que les humains qui l’habitent se développent, créent de nouvelles œuvres, innovent, inventent courant les risques nécessaires pour aller plus loin. Car « si avant d’agir ou de lancer un produit, voire une recherche ou une expérimentation, on doit prouver que cela ne comporte aucun risque, on va forcément paralyser l’action. Il n’y a pas d’action sans risque et dans bien des cas, le plus risqué serait de ne pas agir.» (Michel Godet, Le Devoir, 17 décembre 2007)


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