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Ce dont je suis le plus fier!

La soprano canadienne, Measha Brueggersosman, a chanté aux Olympiques de Vancouver devant plus de 3.2 milliards de téléspectateurs. Malgré son jeune âge, elle est mondialement reconnue comme l’une des plus belles voix du 21e siècle. Pourtant, l’an passé, un accident vasculaire à l’aorte l’a forcée à subir une très grave opération de toute urgence : elle est passée à deux doigts de la mort. Heureusement, l’opération fut un succès et elle a repris sa carrière quelques mois plus tard.

Et depuis  ce jour, lorsqu’elle regarde tous les trophées et médailles qu’elle a reçus, tous les honneurs qui lui ont été décernés y compris deux doctorats honorifiques, quand elle regarde tous ces dossiers remplis de découpures de journaux tous plus élogieuses les unes que les autres, elle se demande toujours ce dont elle est le plus fière dans sa vie à jour. Bonne question qui m’a fait réfléchir à mon tour!

À la fin de mes quatre-vingts ans, qu’est-ce qui me rend le plus fier de ce long parcours ici-bas? Je ne pense pas que ce soit les milliers de conférences prononcées devant des auditoires qui rient, pleurent, applaudissent. Je ne pense pas que ce soit les réussites en affaires, pas plus que les défaites qui m’ont fait grandir. Non!  C’est avant tout la relation amoureuse que j’ai entretenue depuis plus de soixante ans avec ma femme, relation d’amour profond qui a su passer à travers les ans avec une intensité toujours accrue. Et de cette relation maîtresse, toutes ces relations avec mes enfants, mes petits enfants, toute ma famille, quoi! Puis ces relations d’amitié avec les amis de ma tendre enfance, relations d’amitié avec mes confrères de collège et d’université; relations d’amitié avec les gens que j’ai croisés durant toutes ces années. En fait, pour moi, vivre consiste à tisser des liens avec les autres, des humains, que j’ai eu la chance de côtoyer et c’est cela qui me rend le plus fier après 80 ans su terre.

Dans un livre intitulé : « Ëtre ou ne plus Ëtre», les docteurs Marcel Boisvert et Serge Daneault, médecins qui exercent tous les deux aux soins palliatifs à Montréal,  y discutent de ce que sont la vie et la mort. Dans une lettre, le docteur Daneault écrit : «Mourir est-il un geste individuel? …mourir me paraît un acte social, communautaire, parce que mourir, essentiellement, c’est cesser de façon définitive de tisser des liens avec les vivants; mourir, c’est ne plus être en relation avec les autres dans l’espace concret de la vie. On meurt aux autres comme on vit en fonction des autres.» (Page 14) Il confirme que j’ai le droit d’être fier de ma vie pleine de relations humaines.

Car, dans le fond, on ne peut pas vivre sans l’autre. Sans l’autre, c’est la mort comme le dit le docteur Daneault! Et comme le disait si justement Albert Jacquart : « Je suis parce que tu es!»  C’est l’autre et la relation que j’ai avec lui qui me permet de découvrir qui je suis. Il me renvoie une image pour enfin voir ce qui me définit.  Mourir, c’est mettre  fin à  cette relation, et conséquemment cesser d’être!  J’ai déjà affirmé que ma plus grande peur c’était de mourir. Pourquoi? Parce que j’ai peur de m’ennuyer de cette relation, et ainsi de m’ennuyer de la vie. Ce n’est pas qu’il faille nier le besoin de moments de solitude, de silence, pour refaire le plein et repartir à la conquête de soi. Ces instants ne sont là que pour nous permettre d’aller à la rencontre des autres.

Voila donc ce qui fait ma fierté : c’est d’avoir réussi à créer durant toutes ces années des liens qui perdurent. Oh! Bien imparfaitement trop souvent, j’en conviens! Mais quand même, d’avoir tissé des liens qui ont fait que je faisais et fais toujours partie de la grande famille humaine. De ce tissage imparfait, c’est ce dont je suis le plus fier comme homme, car c’est ce métissage entre des milliers d’humains qui a fait qui je suis. Comment ne pas être fier de cette réalisation? Merci la vie!!!


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