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La peur ou l'amour ...

Machiavel a dit, un jour : « Puisque l’amour et la peur peuvent difficilement coexister, si nous devons choisir, il est préférable d’être craint que d’être aimé!» Pourtant, on nous apprend que ceux qui ont consacré une part importante de leur bonus à des causes sociales en donnant avec amour ont dit, dans une enquête sur le bonheur, être plus heureux que ceux qui ont craint d’en faire autant; c’est un professeur de l’Université de Colombie-Britannique qui a publié ce résultat surprenant.

Depuis 2001, et sa terrible catastrophe de septembre, on a instauré un régime de peur où l’important, c’est d’être craint, peut importe qu’on soit aimé ou non! On a poussé les règles de sécurité à des sommets inégalés. Il suffit de passer à la sécurité et aux douanes américaines dans un aéroport canadien pour se rendre compte combien on vit dans un état constant et voulu de la part des autorités, un état d’appréhension et d’insécurité et de soumission. Alors que dans le monde les conflits ont diminué de 40% depuis 15 ans. Jamais dans l’histoire de l’humanité, on a vécu avec autant de sécurité dans un monde de plus en plus surpeuplé; mais à l’opposé, jamais on a subit autant d’interdictions, de règlementations, de punitions de plus en plus sévères que depuis dix ans.

Au Québec, on a peur de tout et de rien! 81% des gens ont peur de perdre leurs enfants; 62 % ont peur d’être malades; 44 % ont peur de mourir; 55 % ont peur de sortir seuls le soir, etc. (Enquête de Léger Marketing, Journal de Montréal, 11 avril 2008) nous vivons dans une société qui prône la peur de vivre plutôt que la joie de vivre pleinement. Et on le fait en invoquant les punitions que peuvent entraîner nos comportements qui dévient de la norme. Les poursuites judiciaires se multiplient, car les lois se multiplient. On oublie de choisir d’être aimé et on opte pour être le plus craint possible.

Qui plus est, on fait peur aux gens dès leur plus tendre enfance, prônant une discipline qui forcément entraîne son lot de punitions. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir le dernier livre de Daniel Pennac « Chagrin d’École ». Il y dit que ce qui devrait importer le plus à l’école, c’est que le professeur fasse sentir aux élèves qu’il est là pour eux et cela parce qu’il veut être aimé. L’élève est le centre des préoccupations, non les règlements, la discipline à l’école, les programmes. Parlant de ceux qui ne réussissent pas à suivre en classe, les cancres comme il le dit si bien « il faut d’abord et avant tout les aider à surmonter leur peur de l’échec qui est associée à une image négative d’eux-mêmes, en décelant leurs forces, leurs talents cachés. Bref, en prenant le temps, la peine de les connaître… Cette détresse, c’est la peur de ne pas comprendre, la peur de l’image de soi ne comprenant pas…Ma priorité a toujours été de guérir les enfants, les adolescents de cette peur de façon à ce qu’ensuite, ce que j’avais à leur transmettre puisse passer.» ( Le Devoir, 1er mai 2008) Il ne cherchait pas à être craint, mais à être aimé! Quelle sagesse que de pouvoir enseigner avec amour.

Mais cela ne veut pas dire être permissif. Cela veut dire déceler les points forts au lieu des manquements à la règle. Cela veut dire oui à ce qui a du sens pour l’autre et de cesser de toujours dire non à ce qui ne correspond pas à ce que l’on désire comme éducateur, parent, mentor. Cesser l’impératif présent dans toutes les communications avec les enfants, les conjoints, les parents, les employées. Comme le dit si bien Pennac :« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif.» Pas plus que le verbe aimer, rêver! Le rêve de Pennac, c’est de faire aimer l’école et se faire aimer par le fait même.

Il faudra bien, un jour, apprendre à choisir d’être aimé plutôt que d’être craint, puisqu’il semble difficile de faire coexister les deux. Mais peut-être vaut-il la peine de faire l’effort et risquer de faire moins de règles, moins de lois, et donc moins de punitions et plus d’amour, c’est-à-dire plus de respect de l’autre, plus de considération pour ce qu’il est. De toute façon, je choisis d’être aimé, car c’est là que je trouve la joie et la sérénité et non dans la crainte que je peux inspirer. Espérons que vous pourrez partager mon choix!!!


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