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Une éternelle jeunesse

La salle Wilfrid Pelletier est pleine à craquer. On est tous venus voir et entendre le chœur Young @ Heart. Je suis là, avec Céline, curieux de voir comment chantent des gens de soixante-dix ans et plus. Dès le début, nous tombons sur le charme de ces chanteurs. Ils ont d’ailleurs campé toute la prestation avec leur première chanson dont le titre est : « You can’t always get what you want! » C’est tout un message : ce qui garde jeune c’est que malgré le fait qu’on ne peut pas toujours obtenir ce que l’on veut, il vaut la peine d’essayer quand même. Et tout le spectacle nous révèle que la vieillesse, même si elle est physique, la tête, le cœur restent toujours jeune. La dernière chanson, celle qui sert d’au revoir, c’est « Forever Young! » Wow!

Je repense à la chanson de Ferland « quand on chante, on a toujours vingt ans.» Et on ose ensuite nous parler d’âgisme! Qui a inventé ce mot? On semble avoir oublié que notre sang se renouvelle toutes les quarante-huit heures. On nous parle trop de la vieillesse, et très peu de la jeunesse durant nos années de vie adulte. À les voir, tous les trente, certains avec une canne, d’autres s’assoyant sur quelques chaises placées là un peu derrière le groupe, il faut bien se rappeler que tous ont plus de soixante-dix ans; soudainement, on ne peut s’empêcher de croire que la jeunesse peut durer toute une vie : une éternelle jeunesse!

La recette de cette joie que l’on voit sur scène se trouve au niveau de l’action : ils doivent performer, ce soir, devant plus de 3000 personnes. Ils se sont créés une certaine obligation, celle de chanter le mieux possible, celle d’avoir sa propre chanson solo, comme cet homme de quatre-vingt-neuf ans qui chante « I want to be sedated » (Je veux être mis sous sédatifs). En fait, ils ont tous passé à l’action : ils font quelque chose! On vieillit quand on devient inactif, physiquement et mentalement!

Ce n’est pas pour rien qu’on répète souvent à des personnes âgées : « Grouille, ou tu rouilles! » Il ne s’agit pas de retrouver physiquement ses capacités d’antan : on ne les retrouvera jamais au fur et à mesure que les années passent. Mais la tête qui pense, qui crée, le cœur qui aime, s’émerveille, eux, demeurent toujours prêts à partir. C’est à ne plus penser, à ne plus s’émouvoir devant le sourire d’un bébé, à ne plus s’intéresser à la vie qui bat tout autour, c’est à ce moment que la vieillesse nous envahit. Et le pire, c’est que cela arrive à des jeunes de vingt, trente ans. On dit d’ailleurs de ces jeunes qu’ils sont décédés à trente ans, mais qu’on les a enterrés à quatre-vingt-dix ans.

Ma femme et moi réalisons à les écouter et à danser debout devant notre siège que jamais on ne doit craindre le temps qui passe. Bien au contraire, il faut y mordre à pleines dents. Et que ceci vaut pour nous deux à nos âges respectifs, mais aussi pour nos enfants et petits-enfants; ceci vaut pour toute une société qui a oublié qu’on est jeune dans l’âme toute sa vie : ce n’est que le contenant qui tranquillement se ride! Une éternelle jeunesse, c’est pour nous tous!


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