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Chanter pour le plaisir

Il y a quelques fois de ces occasions qui vous permettent de réaliser des vérités toutes simples que la complexité des temps modernes nous pousse à ignorer. Un beau samedi soir de juin, nous avons assisté, ma femme et moi, à la présentation de la comédie musicale, « La Mystérieuse Agathe», présentée par l’Ensemble vocal Au Fil des Voix d l’Eau. Quelque trente chanteurs ont travaillé d'arrache-pied de septembre à juin pour réussir cette présentation.

Tout au long de la présentation, je fredonnais les refrains pendant que ma femme me donnait des coups de coude pour me faire taire. C’était «plus fort que mon vouloir ». Oh! Il y a eu quelques petites erreurs, quelques petites fausses notes : mais si peu. Mais pourtant, ma femme et moi étions emballés. Pourquoi me sentais-je si gai, si enthousiaste. C’est l’effet de la musique, me suis-je dit!

En revenant dans la voiture, j’ai trouvé la réponse à ma question. C’était la joie de vivre de tous les participants  trahissant le plaisir immense que tous avaient, à chanter et à jouer les différents personnages. Tous s’amusaient ferme! Ils riaient tout en se démenant très souvent comme des diables dans l’eau bénite. Tout le spectacle respirait cette joie de chanter.

J’ai alors fait le lien avec une histoire que Pierre Foglia racontait dans La Presse du 8 mai 2010.  Il s’agissait d’un ébéniste qui était à terminer un escalier menant à son bureau. Alors que M. Foglia peinait sur sa chronique, l’ébéniste, lui, tout en travaillant sifflait de bon cœur. M. Foglia tentait de se concentrer, mais l’ouvrier sifflait et sifflait toujours. Exaspéré, il lui lance : « Est-ce que je siffle, moi, en travaillant? Non? Répond l’ouvrier. Tu as peut-être moins de fun que moi, a-t-il  ajouté.»

Ce qui transpirait avec force durant le spectacle, c’était le «fun» que tous semblaient vivre intensément. On cherche souvent tellement la perfection dans la vie, que l’émotion disparaît derrière la rationalité du professionnel. Techniquement, le tout peut sembler parfait, mais il y manque la vie transmise par les émotions.

C’est ainsi que souvent certains musiciens ont une technique musicale parfaite, et pourtant la musique ne semble pas nous enchanter : c’est qu’en fait, elle n’y est pas. J’ai eu la chance d’entendre en concert de grands virtuoses du piano. Ils faisaient chanter le piano, car ils y mettaient leur cœur.

En revenant de ce concert, l’autre soir, je pensais à ce que M. Foglia écrivait dans l’article cité plus haut : « J’avais dit que je ne parlerais pas de la réforme, je vais en parler pour dire quelle est la première réforme  que je privilégierais, la plus urgente : réhabiliter les apprentissages des métiers qui font siffler.» Pas seulement les métiers, M. Foglia, mais aussi toutes les professions : des médecins qui siffleraient, des comptables qui siffleraient, des ingénieurs qui siffleraient, et tant qu’à y être, des politiciens qui siffleraient au lieu de se lancer des invectives comme des enfants dans la cour de l’école. Oui! On ne siffle pas assez! On ne chante plus comme cette troupe qui a su si bien nous enchanter, ma femme et moi, l’autre soir. Cessons d’être seulement des professionnels : soyons des gens de cœur qui savent chanter, siffler!!!


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