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Devoir de Mémoire

J'ai eu la chance de faire un voyage en Pologne, il y a quelques temps. Ma femme et moi avons assisté à plusieurs concerts commémorant le bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin. Nous y avons entendu de la musique sublime exécutée par les plus grands interprètes de Chopin. Nous avons célébré le génie de ce musicien dans la ville où il a vécu les vingt premières années de sa vie. Les mots nous manquent pour dire combien  c'était beau! Beau à nous tirer des larmes de bonheur! Mon Dieu que l'homme peut être grand quand il s'aventure à aller au bout de son talent !   Durant ce même voyage, nous avons visité Cracovie, une des plus anciennes villes de Pologne. De là,  notre deuxième visite importante de notre petite escapade était réservée pour le camp d'extermination d'Auschwitz, le plus grand de ces camps de la guerre 1939-45. Nous y avons vu jusqu'où l'humain pouvait aller dans l'horreur. Ces gens étaient devenus fous pour ne plus réaliser l'importance de la vie. En quelques jours, ma femme et moi sommes passés de l'exaltation à entendre le génie de l'homme à la réalisation de la folie indescriptible dont témoignent les restes de ces camps et de ces fours crématoires. On est passé d'un extrême à l'autre.   De retour au pays, décrivant mon voyage, les gens me demandaient pourquoi avoir voulu visiter de tels vestiges de torture et de mort, parmi les pires jamais exécutées par l'homme. Était-ce par simple curiosité? Je me suis alors  rappelé cette histoire racontée par Mme Rina Elkouri, dans le journal La Presse, le 28 février 2009, intitulée : « À la mémoire d'Ignace Kozminski.» Une jeune fille parle de son grand-père, Ignace Kozminski, déporté le 14 août 1944 à bord du dernier convoi de juifs, tout juste avant la libération de Paris. Pendant 60 ans, le destin de M. Kozminski est demeuré un mystère. Son fils Jean-Paul a fait inlassablement des recherches pour retrouver les traces de son père disparu à 26 ans. Ses recherches ont abouti en octobre 2005 quand il a appris que son père était mort le 25 février 1945 des suites de conditions inhumaines subies dans un camps d'extermination..   À sa veuve qui s'était remarié, le fils a demandé; « Penses-tu qu'il est mort pour rien?  Elle a hésité, elle a soupiré en haussant les épaules. Si! il est mort pour rien. Et elle a ajouté : mais d'un autre côté, Non! Non! C'est un témoin de la barbarie qui peut-être donnera à réfléchir.» Sa petite fille, professeur d'histoire, tire de cette histoire une leçon identique. Elle dit : « Cet héritage, c'est un cadeau malgré tout. Un héritage humaniste, un héritage de tolérance, qui s'exprime par une envie profonde d'éveiller la conscience de ses élèves devant les guerres et leurs ravages. Une envie de vivre intensément aussi. Un devoir de mémoire. Et un devoir de vie. À la mémoire d'Ignace Kozminski.»  Elle a ajouté : « Que celui qui veut la paix commence par connaître son histoire tachée de guerres. Qu'il commence par écouter les hurlements des témoins de l'horreur.»   Nous avons pu mettre, grâce à cette histoire vraie, des mots sur ce qui nous a motivé à visiter ces camps de morts. Ce n'était pas une simple curiosité : non! Nous aussi, nous avons entendu dans le silence du camp les hurlements de ces condamnées; nous aussi, si loin de toutes ces horreurs quand elles étaient commises, voulons témoigner que jamais plus il ne faudra fermer les yeux comme le monde civilisé l'a fait durant ces années de guerre. La visite d'Auschwitz nous a réconfortés dans notre conviction de dénoncer tout acte de barbarie perpétré par quelques pays que ce soit.  Nous pouvons maintenant encore plus qu'auparavant dire que jamais nous cacherons ces horreurs pour lesquelles aucune justification n'existe. Il faut dénoncer l'horreur à tout prix! C'est un devoir de mémoire!!!


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