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Réapprendre à composer

Je reçois tous les jours une petite lettre de Marie- Pier Charron intitulée; « Matin Magique».  Au début du mois d'août, elle citait dans une de ses missives, une phrase de Mozart : « Je continue à composer parce que cela me fatigue moins que de me reposer.»  Je n'avais jamais porté attention à ces deux verbes, composer et reposer. Le premier veut dire bâtir, crée, produire alors que le second signifie rester immobile ou allongé de manière à se délasser. Le premier parle d'un résultat à obtenir, le deuxième d'un état d'être.

Le rêve de plusieurs personnes que je côtoie se résume souvent à se reposer le plus possible au lieu de composer. Ce n'est pas que le repos ne soit pas nécessaire. Au contraire, il en faut du repos « pour recharger ses batteries ». Mais une fois le repos acquit, passer à l'action m'a toujours semblé être le propre de l'humain. Mais la société moderne nous incite beaucoup plus au repos qu'à la création, beaucoup plus à se prélasser le plus possible que de faire quelque chose de sa vie. Le mot action serait-il mal compris?

Car dans une ère de mécanisation, on a remplacé une grande part du travail physique, manuel par un travail intellectuel : il faut penser plus, et forcer moins! Mais cela ne veut pas dire qu'il faille se prélasser plus parce que la machine le fait à la place. Penser, c'est passer à l'action, c'est composer! C'est d'ailleurs, ce qui, dans l'avenir, vaudra son pesant d'or; et cela s'applique à toutes les sphères d'activité. Penser, c'est se dépasser en découvrant, en créant, c'est se lancer dans l'aventure.

Xavier Dolan en écrivant son scénario de film, « J'ai tué ma mère », en le réalisant, en le produisant, en y jouant le rôle principal, travaillait très fort : il composait! Il était très loin de se reposer. L'étudiant en tentant de comprendre un théorème en mathématiques compose, passe à l'action. La personne âgée qui suit des cours en histoire de l'art et qui continue malgré une fatigue due à sa condition, elle aussi compose!  C'est ce genre de gestes, d'actions qu'il faut valoriser. C'est ce que Mozart voulait dire.

En fait, il nous faudrait bannir de notre vocabulaire, l'expression « ne rien faire », annihilant cette croyance qu'il s'agit là d'une forme de nirvana. Pourquoi? Parce qu'elle ne traduit pas la réalité. Ne rien faire peut être plus fatigant que de passer à l'action. C'est l'ennui qui détruit l'homme et non l'action. Félix Leclerc a déjà dit : « La meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire!» 
Mon petit fils me disait que son travail d'été dans un magasin de détail était très «plate» et long : il ne faisait rien! Aucun client ne s'était présenté de toute la journée. Son expression d'ailleurs en disait long : « C'est la plus longue période de travail de toute ma vie!» Il n'avait pas créé : il avait tué le temps, et cela, c'est d'un ennui mortel. 

Une culture qui compose est une culture qui rend heureux. Une culture qui se repose toujours est une culture qui ne saura passer l'épreuve du temps. Valorisons le repos pour ce qu'il est : une étape nécessaire pour se refaire, mais ensuite passons à l'action : composons tous!!!


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